Novembre 2025 – Le Portugal, terre de conquérants

Dates : du 13/11/2025 au 20/11/2025

Porto, Avero, Coimbra, Tomar, Fatima, Nazaré, Obidos, Lisbonne, Arraiolos, Évora, Sintra

On oublie aisément que ce « petit » pays fut l’une des plus grandes puissances coloniales de l’histoire, présente sur presque tous les continents. C’est ce qui explique que le portugais se place aujourd’hui au neuvième rang des langues les plus parlées dans le monde, avant le français.
L’histoire du Portugal en tant que pays commence en 1179, lorsque le pape Alexandre III reconnaît officiellement le royaume sous l’autorité d’Alphonse Ier Henriques, fils de Raymond de Bourgogne — cousin d’Hugues Capet — Cette naissance coïncide avec la fin de la Reconquête sur l’occupation musulmane (715–1249), dont les traces culturelles demeurent encore très visibles dans l’architecture et les arts décoratifs du pays.
Dans la généalogie royale portugaise se croisent des cousins capétiens, des Habsbourg, des Bragance et des Saxe-Cobourg : une préfiguration de l’Union Européenne avant la lettre.
La grande époque du Portugal reste celle des Grandes Découvertes, entre le XVe et le XVIe siècle, avec Vasco de Gama, Magellan et bien d’autres qui explorent le monde et bâtissent un empire colonial au Brésil, en Afrique et aux Indes. Cet élan, porté par l’esprit de la Renaissance et soutenu par la Compagnie de Jésus — notamment saint François Xavier, disciple d’Ignace de Loyola.
Ces conquêtes apportèrent au Portugal une richesse considérable, qui excita de nombreuses convoitises. Au début du XIXe siècle, l’Angleterre, appuyée sur un traité commercial d’exportation du vin de Porto, faillit coloniser le pays, Napoléon Ier n’ayant pas réussi à s’implanter durablement dans la péninsule ibérique.
Le XIXe siècle fut particulièrement agité : conflits politiques, assassinat du roi Charles Ier et du prince héritier en 1906, avant que la reine Amélie — petite-fille de notre roi des Français, Louis-Philippe — parvienne à faire monter sur le trône son fils Manuel II. Celui-ci abdiqua en 1910 et le Portugal devint une République, non sans traverser un XXe siècle très mouvementé, marqué notamment par une décolonisation difficile.
Toute cette histoire, tournée vers le monde, se lit dans les arts portugais. Plusieurs caractéristiques nous ont particulièrement frappés au fil du voyage :
L’architecture baroque des façades, plus sobre qu’en Espagne, se traduit par des façades blanches et épurées dont les encadrements de fenêtres et de portes sont en granit foncé, sculptés de motifs maritimes. Le style manuélin, développé entre le XVe et le XVIe siècle, constitue une expression artistique proprement portugaise — une architecture dite « marine » — dont les ornements évoquent les cordages, les ancres et les sphères armillaires des grandes expéditions.
L’orfèvrerie révèle une forte inspiration orientaliste, et le mobilier recourt volontiers à la laque, à l’ivoire et à la nacre, témoignant des échanges avec l’Extrême-Orient.
Mais le signe le plus omniprésent de cette identité culturelle reste sans conteste les azulejos : ces carreaux de faïence, d’abord bleu et blanc, puis polychromes à partir du XVIe siècle, accompagnent tous les styles et toutes les époques. On les retrouve partout — dans les palais, les églises, les gares — formant un mode décoratif majeur et toujours actuel.
La première journée de découverte fut consacrée à Porto…sous une pluie battante, une douche, qui obligea le groupe à s’équiper en poncho, avant de découvrir la Place da Liberdade, la Gare de São Bento et ses 20 000 azulejos peints par João Colaço, le Palais de la Bourse et son saisissant salon arabe inspiré de l’Alhambra de Grenade, puis la cathédrale. L’après-midi, le quartier populaire de la Ribeira et une petite croisière des « Six Ponts » partant des quais où se prépare le transport du vin de Port, que nous n’avons pas manqué de déguster dans une de ces caves.
La pluie continuant de plus belle, le programme de cette deuxième journée s’est adapté et la balade en bateau moliceiro sur ses canaux a été remplacée par la visite d’une faïencerie traditionnelle, fort intéressante, grâce aussi au guide de la maison, parfaitement francophone, et…à l’abri des intempéries. Heureusement, la pluie s’étant arrêtée, nous avons pu dans l’après-midi, découvrir Coimbra, ancienne capitale du Portugal et cité universitaire, inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO, et son l’impressionnante bibliothèque royale édifiée par le roi João V au XVIIIe siècle.
Le jour suivant, grand parcours à travers le cœur du pays. Nous commençons par Tomar et la visite de son château des Templiers, puis du Couvent du Christ (UNESCO) qui nous ont plongés dans sept siècles d’histoire portugaise et dans les grands moments de l’Occident chrétien. Arrêt ensuite à Fátima, l’un des hauts lieux de pèlerinage de la chrétienté mondiale, où, ceux qui le souhaitaient, ont pu assister à la messe dominicale dans cette très vaste basilique. Le parcours s’est poursuivi par Nazaré, charmant village de pêcheurs devenu station balnéaire sans perdre son âme, a fourni une pause pittoresque. Enfin, Óbidos, ville médiévale aux rues sinueuses bordées de bougainvilliers, jadis offerte en cadeau de fiançailles à la reine Isabelle d’Aragon, nous a accueillis pour une flânerie entre ses remparts et une dégustation de la liqueur de Ginja dans son traditionnel verre en chocolat.
La région de l’Alentejo, avec ses grands espaces et ses villages blancs, a constitué une journée de contrastes. Arraiolos, dont l’histoire remonte au 4e millénaire avant J.-C., est mondialement réputé pour ses tapis brodés à la main, depuis 1598 : une rue entière est consacrée à cet art, avec ses tapisseries pendues aux murs des maisons. Évora, « musée à ciel ouvert » selon l’UNESCO, nous a ensuite dévoilé ses trésors : le temple de Diane vieux de deux millénaires, la cathédrale médiévale — la plus grande du Portugal —, et la saisissante Chapelle des Os, décorée d’ossements humains. Une dégustation des vins de la région a permis de se remettre de cette visite mémorable.
Lisbonne, enfin, la capitale, ville aux sept collines, s’est révélée sous ses multiples facettes. Le quartier de la Baixa, reconstruit après le terrible séisme de 1755, la majestueuse Place do Comércio avec son arc de triomphe au bord du Tage, le quartier d’Alfama et son atmosphère de Kasbah, le Musée dos Azulejos et la cathédrale. L’après-midi, direction la Tour de Belém, le Monastère des Hiéronymites et le tombeau de Vasco de Gama, avant de terminer par le Palais National d’Ajuda, seul palais royal de Lisbonne ouvert au public, qui conserve avec une remarquable authenticité l’atmosphère du XIXe siècle royal.
Nous avons achevé ce périple portugais par la visite de Sintra (UNESCO) qui constitue un condensé extraordinaire d’architecture romantique. Le Palais da Pena, joyau coloré perché sur les montagnes, est l’œuvre de Ferdinand de Saxe-Cobourg et Gotha — neveu du premier roi des Belges —, devenu Dom Fernando II par son mariage avec la reine Marie II. L’artiste-roi a su créer là une demeure qui frappe l’imagination de quiconque l’aperçoit. Une promenade dans les rues romantiques de la cité, ponctuée puis la visite du Palais National. A lui seul, ce palais résume toute l’histoire du Portugal à travers ses collections d’azulejos et ses arts décoratifs. La journée s’est achevée par une dégustation des vins de la région de Sintra.
Ce voyage au Portugal aura été bien plus qu’un simple périple touristique. À travers chaque site visité — qu’il s’agisse d’un palais royal, d’un couvent templier, d’une gare couverte d’azulejos ou d’un village médiéval —, c’est toute une civilisation qui s’est dévoilée à nous : celle d’une nation qui, depuis ses origines, a regardé le monde avec ambition et curiosité.
 
Note prochain voyage, changera de monde culturel : nous parcourrons la Slovaquie, pays de mélange entre les cultures slaves et magyares.

Christian Dromard


5 – Voyage 2025 – Portugal Fig. 1